Octobre 2015. J'attends la magicienne devant un resto italien de Saint-Jean-sur-Richelieu.
La magicienne est Madeleine Benoit, ostéopathe. Elle
travaille avec ses mains.
Magicienne parce que je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui n'ait pas été soulagé par elle.
Elle est toute petite et elle porte un petit chapeau qui lui donne un petit air espiègle. Comment une si petite personne peut-elle bouger des vertèbres encastrées dans de solides ligaments, me dis-je ?
Madeleine me réfère des clients depuis 25 ans : mal de dos, douleurs aux genoux, tendinite, etc. La magicienne traite ces patients en ostéo et elle me les réfère pour que je les encadre dans un programme d'exercices.
Mais j'ai toujours eu un certain malaise. J'ai reçu une formation scientifique traditionnelle et j'ai travaillé dans un centre de recherche pendant huit ans. J'ai toujours été, disons, assez
conservateur envers les médecines « alternatives ».
En fait, je ne crois pas à l'ostéopathie. Je me prépare à l'avouer à Madeleine et je prévois un mini débat clinico-scientifique en bouffant des pâtes.
Donc, après avoir pris mon courage à deux mains, je lui déclare crûment que je ne crois pas aux vertus de l'ostéopathie. Elle éclate immédiatement d'un fou rire, me dit
que « ce n'est pas grave » et me demande si je prends une entrée...
Échec et mat.
Fin du débat socratique. J'avais prévu tous les arguments, sauf ça. Elle avait jeté un sort sur mon piège scientifique.
Une magicienne, je vous dis.
Ces
dernières années, la magicienne avait contracté un cancer.
Elle s'est envolée la semaine passée.
En pensant à elle en joggant lundi matin, j'ai finalement compris pourquoi elle était si bonne et ce qu'elle avait tenté d'expliquer à mon cerveau scientifique durant notre souper de l'automne 2015.
Elle ne soignait pas avec ses mains ... elle soignait avec son coeur.
Salut la magicienne.