La douleur est-elle dans votre tête ?
Cette phrase est un classique pour tous les intervenants qui œuvrent en douleur persistante. Les personnes qui souffrent de douleur chronique et à qui l’on
explique que la douleur est produite par le système nerveux central reçoivent parfois très mal cet enseignement, peu importe le professionnel de la santé qui le transmet.
Pour plusieurs, cette explication entre en conflit direct avec leur vécu : « Si ma douleur vient du système nerveux, est-ce qu’on est en train de me dire que ce n’est pas réel ? »
Elles en
concluent alors que l’intervenant pense qu’elles « imaginent » leur douleur ou qu’elles exagèrent l’importance de leur souffrance. Bien qu’après presque 33 ans de travail dans le domaine je puisse malheureusement admettre que certains intervenants entretiennent encore des préjugés à l’égard de la douleur chronique, dans la grande majorité des cas, ce n’est absolument pas ce que le professionnel veut dire. L’objectif est plutôt de faire comprendre que c’est le cerveau — siège du système nerveux
central — qui contrôle l’expérience douloureuse, et qu’un dérèglement de ce système peut expliquer pourquoi la douleur persiste, même en l’absence de lésion active ou de dommages tissulaires en cours.
Autrement dit, expliquer la douleur par le système nerveux ne vise pas à minimiser la souffrance, mais au contraire à lui donner un cadre biologique crédible, cohérent et scientifiquement reconnu.
Cette
situation représente probablement le plus grand malentendu en réadaptation dans un contexte de douleur chronique.
La douleur est toujours… une douleur
Parler de « perception » de la douleur est un pléonasme : la douleur est, par définition, une perception. Elle n’existe jamais en dehors du cerveau. Son intensité peut sembler disproportionnée par rapport à la lésion (lorsqu’il y en a une, car ce n’est pas toujours le cas), mais l’expérience vécue par la personne
qui souffre est bien réelle et doit être reconnue comme telle par le professionnel.
Non seulement cette reconnaissance est essentielle, mais les intervenants doivent aussi être capables de communiquer clairement aux personnes atteintes de douleur chronique qu’ils comprennent l’ampleur de leur souffrance. Les personnes vivant avec une douleur persistante ont souvent développé une sensibilité aiguë au scepticisme, aux doutes implicites
ou aux regards incrédules.
Ce climat de méfiance, même subtil, contribue fréquemment à maintenir — et parfois à amplifier — le problème plutôt qu’à le résoudre.