Vous n’aimez pas les pilules, moi non plus !
Nous avons tous une relation amour-haine avec les médicaments.
Moi le premier.
Je suis asthmatique depuis toujours et, sans mes bronchodilatateurs, je ne pourrais pas pratiquer l’une de mes activités favorites depuis maintenant 39 ans : la course à pied.
D’un côté, je n’aime pas l’idée de devoir prendre mes « pompes » pour aller faire ma « run » le matin. Mais de l’autre, je me souviens des longues soirées de ma petite enfance durant lesquelles j’avais l’impression d’avoir un sac de plastique
sur la tête. Ce fut une véritable révélation la première fois que j’ai pris une bouffée de salbutamol (Ventolin).
Certains d’entre nous n’ont tout simplement pas le choix d’être dépendants, à perpétuité, d’une molécule chimique. En contrepartie, celle-ci leur permet de mener une vie normale.
En ce qui concerne la douleur chronique d’origine non cancéreuse, la réalité est
toutefois un peu différente.
Gestion de la douleur
La stratégie visant à vaincre la douleur chronique repose sur deux types de modalités : les modalités actives et les modalités passives. Les deux sont importantes. Les médicaments analgésiques font partie des modalités passives. Ils sont nécessaires, car ils procurent un soulagement qui facilite l’initiation des modalités actives, comme la réadaptation par l’exercice.
Porte ouverte à la chronicité
L’importance des médicaments en gestion de la douleur débute bien avant que celle-ci ne devienne persistante. Lors d’une blessure ou au début d’une maladie dégénérative comme l’arthrose, les analgésiques jouent un rôle crucial, non seulement pour préserver la qualité de vie de la personne qui souffre, mais aussi pour prévenir l’installation de la douleur chronique.
En effet, l’un des principaux facteurs de risque
de chronicisation est une douleur nociceptive non contrôlée. Le fait de négliger la prise d’analgésiques lors d’une affection générant une douleur modérée à intense ouvre toute grande la porte à la chronicité. Une douleur nociceptive insuffisamment soulagée sensibilise le système nerveux central et amorce le cycle infernal de la douleur persistante.
Les médicaments comme outils temporaires
Dans un contexte de réadaptation en douleur chronique, les médicaments
doivent être considérés comme des « bouées thérapeutiques » temporaires. Ce concept est fondamental, car plusieurs de mes clientes et clients craignent d’être enchaînés à vie à leurs pilules. Or, ce n’est généralement pas le cas.
Les médicaments sont des outils qui offrent la marge de manœuvre nécessaire pour exécuter adéquatement le programme d’exercices. Une fois la douleur significativement diminuée — voire complètement éliminée —, le sevrage peut alors être
envisagé.
Sevrage trop précoce
Une erreur fréquente en gestion de la douleur chronique consiste à diminuer le dosage des médicaments pendant le programme de réadaptation par l’exercice. Le sevrage ne devrait débuter qu’après la phase de développement, c’est-à-dire lors de la phase de retour aux activités.
Par conséquent, il ne faut jamais cesser ni réduire la médication durant le programme de réadaptation. Il s’agit
d’une erreur majeure, susceptible de compromettre l’ensemble du processus de réadaptation.